Augmented Translation

Un saut dans le futur de la traduction automatique

Updated: 6 days ago

Quel est l’avenir de notre profession ? Aurons-nous toujours besoin de traducteurs et post-éditeurs ? Notre profession est-elle en danger ? La machine dominera sur l’homme ? Le métier de traducteur fait partie des professions touchées par une évolution due à l’introduction de nouvelles technologies. Comme toute profession dans ce cas, il est normal de se poser des questions et de craindre la domination de la machine.


Je suis convaincu que le monde aura toujours besoin de traducteurs et traductrices. La profession ne disparaîtra pas, mais elle subira une évolution. Certes, un grand nombre de tâches sera totalement automatisé, comme la traduction des messages de messagerie instantanée ou les conversations Skype de moindre importance, mais les traducteurs auront toujours du travail. Soyons francs : la traduction automatique a permis d’automatiser certains projets ennuyeux et répétitifs. Qui a envie de traduire des messages de chat toute la journée ? Ou une conversation entre deux amoureux qui ne parlent pas la même langue ? Ou encore les prévisions météo ?


De nos jours

Les expériences d’utilisation de la traduction automatique sont variées. Certains traducteurs affirment qu’utiliser la traduction automatique c’est tricher, d’autres vous diront qu’ils font du copier-coller dans DeepL sans se soucier des effets collatéraux d’une telle pratique, d’autres encore se sont déjà approprié de cette technologie et l’utilisent de façon professionnelle en proposant notamment des services de post-édition. La vérité sur la qualité d’une traduction automatique est qu’un même moteur produira des traductions brutes différentes selon la combinaison linguistique et le contenu du texte. En fait, plus le contenu qu’on demande à la machine de traduire est similaire aux contenus utilisés pour la créer, voire pour l’entraîner, plus la traduction automatique brute est de qualité. C’est pour cette raison que deux traducteurs obtiennent des résultats de qualité variable, même s’ils utilisent le même moteur de traduction automatique. Si les résultats sont médiocres, pour les améliorer un traducteur peut choisir un autre fournisseur de services de traduction automatique, utiliser ses mémoires de traduction pour « expliquer » à la machine comment traduire, voire choisir un moteur de traduction automatique adaptatif, c’est-à-dire un moteur qui apprend de nos corrections. Le choix de transmettre ses mémoires de traduction et/ou ses corrections à la machine met en cause la confidentialité des données. Pour vous protéger et protéger vos clients, vous devez au moins souscrire un abonnement avec un fournisseur de services de traduction automatique. Si l’utilisation d’un moteur de traduction automatique est gratuite, c’est vous le produit (en occurrence, vos traductions).


Je vous propose de faire un saut de (seulement) 10 ans dans le futur

Dans ce futur proche, les traducteurs travaillent dans un véritable environnement de traduction augmentée. Dans cet environnement de travail, à côté des mémoires de traduction, des glossaires et des outils de contrôle qualité, nous trouvons la traduction automatique qui prend désormais la place d’une « assistance à traduction ». Elle assiste le traducteur en lui proposant des formulations de phrase basées sur ses anciennes traductions et elle ne cesse jamais de s’améliorer grâce aux améliorations faites par le traducteur même. Tout compte fait, elle permet au traducteur d’augmenter sa productivité. Dans ce contexte d’une traduction automatique personnelle et personnalisable, installée sur son propre ordinateur comme tout autre logiciel, en quoi est-elle différente d’un glossaire qui reconnait et propose la bonne terminologie ou d’une mémoire de traduction qui nous propose une correspondance partielle ? Si le glossaire nous évite de refaire une recherche terminologique et si une mémoire de traduction nous évite de traduire deux fois le même texte, la traduction automatique nous évite de traduire à partir d’un segment blanc. Dans tout le cas, une intervention humaine reste indispensable.

Si dans 10 ans la traduction automatique est de mauvaise qualité, c’est la faute à mes anciennes traductions. De nos jours, si la traduction automatique est de mauvaise qualité, c’est la faute à la machine, car je me dissocie de cet outil inanimé, sans émotion, qui propose des traductions qui ne sont pas les miennes.

Quel est donc l’élément manquant qui permet de basculer vers un concept de « assistante à la traduction » ?

Selon moi, c’est cette appropriation de la machine : le jour où la traduction automatique sera installée sur notre ordinateur comme tout autre logiciel, nous serons les seuls à l’utiliser et elle sera alimentée par nos propres traductions, c’est le jour où nous changerons le regard que nous avons de cette technologie pour la considérer enfin comme une assistante, car c’est nous qui l’avons créé, c’est nous qui l’avons formée.


J’ai proposé de faire ce saut dans le futur aux participants et participantes à l’événement organisé par la Société française des traducteurs et l’Université Paul Valéry Montpellier 3 en occasion de la Journée mondiale de la traduction de cette année. Pour le revivre, suivez ce lien https://bit.ly/375Gzjt.


Comment imaginez-vous le futur de notre profession ? Êtes-vous d’accord avec moi ou envisagez-vous une disparition du métier de traducteur ?

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Location

Lyon, France

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