Augmented Translation

La post-édition devient-elle la norme ?

Updated: Oct 14

« Une agence très réputée m’a demandé de post-éditer un document juridique complexe de 20 000 mots en 24 heures ». Apparemment, cela devient normal pour certains traducteurs et certaines traductrices de recevoir ce genre de demande. Ces projets sont-ils en train de deviner la norme, à dépit de la qualité et du bien-être du traducteur ?


Vous avez dit post-édition ?

Il est important, tout d’abord, de nous rappeler que la « post-édition » est la correction d’un texte traduit par une machine afin d’atteindre le niveau de qualité souhaité par le client, d’où l’existence d’une post-édition légère et complète. Je vous rappelle aussi qu’il est indispensable de définir ce niveau de qualité afin d’adapter nos efforts de post-édition et le temps qu’on consacre au projet afin qu’il soit rentable. Bien que « post-édition », en général, fasse référence à une post-édition complète, n’oubliez pas de demander a votre client d’être plus clair sur le service de post-édition qu’il souhaite recevoir. Cette question toute simple vous aidera à expliquer au client qu’il existe de différents niveaux de post-édition, que les corrections apportées au texte ne sont pas les mêmes selon le niveau souhaité et que le tarif varie en fonction du service de post-édition choisi. D’ailleurs, saisissez la balle au bond et expliquez les différences entre traduction et post-édition, ce qui mettra en valeur le travail de traduction et fait ressortir les bémols de la post-édition. Vous passerez par un véritable professionnel et le client aura toutes les cartes en main pour prendre une décision réfléchie.


La post-édition n’est pas étroitement liée aux agences de traduction !

Si vous avez investi du temps et de l’argent pour vous former à la post-édition, pourquoi vous limiter à offrir ce service aux agences de traduction ? Il existe trois scénario pour lesquels vous pouvez offrir des services de post-édition :

  1. Les agences de traduction : comme nous venons de voir, c’est l’agence qui vous propose la post-édition. Rares sont les agences qui savent de quoi elles parlent. C’est à vous de rester vigilants et de poser les bonnes questions afin de ne pas tomber dans de fausses demandes de post-édition (c’est-à-dire des traductions maquillées en post-édition ; ce sont des projets très rentables pour une agence ! Le client paie une traduction, le traducteur travaille sur une post-édition).

  2. Les clients directs : certains clients, surtout les petites et moyennes entreprises, n’ont pas les moyens de payer un professionnel de la traduction ; « vos tarifs sont trop élevés ». Dans ce cas, expliquez au client pourquoi vos tarifs sont tels (expérience, spécialisation) et saisissez à nouveau la balle au bond pour proposer un service de post-édition. Votre offre de services sera diversifiée et, encore une fois, le client pourra identifier de lui-même le service dont il a besoin. Soyez des conseillers en services linguistiques !

  3. La traduction augmentée : arrêtez d’associer la traduction automatique à la post-édition ! Si la situation le permet, comme pour un document sans aucune information sensible et un client (direct ou agence) qui ne s’oppose pas à l’utilisation de la traduction automatique, intégrez un moteur de traduction automatique à votre environnement de travail à côté de tout autre outil dont vous vous servez déjà (glossaires, mémoires de traductions). Vous n’aurez qu’à commencer la traduction comme d’habitude et de vous servir des propositions du moteur de traduction automatique pour enrichir vos phrases. Si votre outil de TAO propose la fonction de « suggestions automatiques » (la technologie AutoSuggest), le tour est joué : au fur et à mesure que vous tapez votre traduction, des propositions apparaitront sous forme de liste basée sur ce que l’outil de TAO a pu trouver dans vos mémoires de traduction, vos glossaires ou le moteur de traduction automatique.



Retournons aux 20 000 mots en 24 heures…

La post-édition devient rentable si le projet remplit deux conditions : volume et durée. Il est clair qu’un projet de 20 000 sorti de nulle part ne sera jamais rentable dans le contexte d’un traducteur qui mène un rythme de vie soutenable et humain. Certes, je ne connais ni le tarif ni le niveau de post-édition demandée, ni si le moteur de traduction automatique a été entrainé pour traiter des textes juridiques. Toutefois, de par mon expérience, ma vitesse moyenne est de 750 mots/heure pour de la post-édition complète et pour un projet de longue haleine (quatre années de collaboration). Même en travaillant 24 heures sur 24, pour boucler ce projet il faudrait ne pas dormir et travailler à une vitesse de 1 000 mots/heure. D’ailleurs, cela signifie ne plus être disponible pour toute autre demande de traduction/post-édition, et 24 heures plus tard nous serons « au chômage », en attente d’un autre projet qui tombe du ciel.


Cela ne doit pas devenir la norme

Une telle situation ne peut pas et ne doit pas devenir la norme. Ce qui semble être la norme est le manque d’informations sur ce que c’est une post-édition. Une agence qui connait le processus de post-édition ne proposera jamais un tel projet, et un traducteur ne devrait pas l’accepter. Formez-vous à la post-édition et faites preuve de pédagogie envers vos clients. La post-édition reste un service relativement nouveau qui est en train de se démocratiser de plus en plus, surtout depuis l’arrivée de la traduction automatique neuronale. C’est le moment propice pour apprendre les bonnes pratiques et poser les bases pour un futur dans lequel la machine est au service du traducteur, et pas l’envers.


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